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QUAND « L’ONCLE SAM » OFFICIE LA MESSE DES TRIPATOUILLEURS ET DES PREDATEURS….

La sournoise mise en scène de la Maison Blanche, si elle accompagne bien la logique rhétoricienne très experte et l’apparence angélique du Président américain Barack OBAMA, il faut bien être si naïf pour ne pas comprendre qu’il s’agit là de bien confabuler pour mieux prendre « sa part du gâteau africain ». On doit se désillusionner. L’objectif bien connu de ce premier Sommet Afrique-Etats-Unis est celui de tisser des liens économiques plus solides entre les Etats-Unis et l’Afrique, région prometteuse à la croissance supérieure à celle du reste du monde – le Fond Monétaire International (FMI) prévoit 5,8% pour 2015 - . En effet, il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que l’heure est partout à la redéfinition des relations avec le continent africain dont le taux de croissance a, selon le FMI, désormais dépassé celui de l’Asie. Bien plus, l’administration Obama est sous une pression croissante des milieux d’affaires américains afin qu’elle fasse de la politique africaine une priorité. Les Etats-Unis, première économie du monde sont seulement le troisième partenaire économique de l’Afrique après l’Union Européenne dont plusieurs pays membres ont des liens postcoloniaux avec des pays africains et surtout la Chine, assoiffée des ressources naturelles du continent. Les vraies raisons de cette tentative de « reconquête de l’Afrique » sont bien celles-là. Le reste n’est que vernis politico-diplomatique pour paraitre « démocrate » et « bienfaiteur ». La sécurité, la gouvernance et les Droits de l’Homme ne sont évoqués qu’en filigrane lors de ce sommet pour joindre l’utile à l’agréable. Même si la Maison Blanche assure que son initiative n’est en rien « une riposte tardive » à la « Chinafrique », il est pourtant évident que la fulgurance offensive de la Chine sur le Contient au cours de la décennie écoulée semble être dans tous les esprits. Des convives « tripatouilleurs et/ou prédateurs » au Sommet… En effet, comme d’habitude, pour présenter l’apparence de pays démocratique et respectueux des Droits de l’Homme, Washington a nommé les indésirables : le zimbabwéen et farouchement antioccidental Robert Mougabe, l’érythréen Issayas Afewerki, accusé d’alimenter le terrorisme en Somalie et le soudanais Oumar Hassan El-Béchir, visé par un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI). La Centrafrique qui évolue quasiment en Etat néant est considéré aussi comme un Etat peu fréquentable, du moins pour le moment. Si ceux-là sont considérés officiellement comme des pestiférés mis en quarantaine pour cette « messe économico-politico-diplomatique », il faut bien se dire que les autres convives, même s’ils sont censés être fréquentables pour des raisons inavouées, ne sont pas pour autant exemplaires. Si on trouve parmi eux ceux qui, semble-t-il, « font preuve de bonne gouvernance », les autres font parties de ceux qu’il a nommé « les tripatouilleurs » de Constitution, ou des prédateurs des libertés, si ce ne soit les deux à la fois. Les Présidents Idriss Deby Itno du Tchad, Blaise Compaoré du Burkina-Fasso, Denis Sassou Nguesso du Congo, Theodoro Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, Ellen Johnson Sirleaf du Liberia, Armando Guebuza de Monzambique, Joseph Kabila de la République Démocratique du Congo, Paul Kagamé du Rwanda, Jakaya Kikwete de la Tanzanie et Boni Yaya du Beni dont les mandats arrivent presqu’au terme d’ici 2017 pour la plupart, sont toujours tentés de se maintenir au pouvoir en violation des constitutions de leurs pays. Comment peut-on prendre au sérieux les Etats-Unis lorsqu’il met Robert Mougabe et consorts sur le banc des accusés et invite un Al-sissi ou un Musseveni ? Le premier est arrivé au pouvoir en Egypte grâce à un coup d’Etat, avant de légaliser son retour par un scrutin des plus controversés et le second règne sans partage sur son pays, l’Ouganda, depuis vingt-huit ans. Le cas du camerounais Paul Biya reste sans commentaires. La liste n’est pas exhaustive. La posture éloquemment perfide de la Maison Blanche…. Une réalité brute et brutale qui n’est pas pour autant ignorer par Robert Jackson, Directeur Afrique du Département d’Etat américain lorsqu’il dit ceci : « Notre position est très claire : nous ne voulons pas de changement dans les Constitutions. Il y a au moins quatre ou cinq leaders actuels qui parlent d’un changement de leur Constitution. Il faut regarder l’histoire récente et, à ma connaissance, il y a onze pays africains qui ont étudié des changements pour enlever les limites sur les mandats de chefs d’Etat. Huit ont voté pour éliminer ces limites, mais trois ont déjà décidé de garder ces limites. Et notre préférence, c’est de prendre une position claire que nous croyions que ces trois ont raison, et nous espérons que les autres vont suivre leur exemple ». Recevant les quelques cinq cent jeunes à la Maison Blanche, le Président américain Barack Obama a indiqué que l’Afrique ne pouvait pas s’engager sur le chemin du développement sans une véritable démocratie avant d’ajouter qu’ « un Etat de droit, c’est aussi le fait que des dirigeants ne gardent pas le pouvoir éternellement. Si vous avez les mêmes dirigeants tout le temps, vous n’avez plus d’idées nouvelles et le respect de la loi va en diminuant ». Prônant l’utilité d’insuffler du sang neuf face aux Chefs d’Etat qui utilisent la logique de modification constitutionnelle pour s’accrocher désespérément au fauteuil présidentiel, le Chef de la Maison Blanche souligne que : « Quand un homme ou une femme reste trop longtemps au pouvoir, il ou elle agit surtout pour durer non pour le bien du pays ». L’heure est à la désillusion…. Des beaux discours qui peuvent donner à rêver en couleur les afropessimistes. Mais le tout n’est donc pas de faire des incantations ou de professer des belles théories du haut d’une chaise, fût-elle du Bureau Ovale. On ne doit plus se faire d’illusion. Ce qui intéresse l’Oncle Sam, ce sont les porteurs des ressources minières, notamment le pétrole. La fin de notre calvaire n’est pas pour demain et notre salut ou du moins la panacée, non plus, ne viendra pas miraculeusement du pays de l’Oncle Sam. Ceux qui pensaient que l’arrivée de notre « frère noir » à la Maison Blanche allait changer les choses doivent désenchanter. Car une chose est claire : ce n’est pas à deux ans de la fin de son ultime mandat que celui qui a des racines kenyanes par son père mettra les bouchées doubles pour faire des miracles en Afrique. Il n’a effectué que deux voyages sur le continent africain, ce qui explique à suffisance la place de l’Afrique dans son agenda et qu’il a certainement pour priorité ses électeurs, les américains, les Etats-Unis. Il est vrai que l’Afrique a besoin d’institutions fortes plutôt que d’hommes forts. Au lieu de répéter à longueur de journées cette rhétorique, magique soit-elle, Barack Obama gagnerait à soutenir véritablement les pays africains dans leur quête de développement et de Bonne Gouvernance. Si George Bush n’a pas été le meilleur président des Etats aux yeux des africains, il faut, cependant, lui reconnaitre la mise en place de l’Agoa (African Growth and Opportunity Act), ce système issu d’une loi américaine qui permet aux entreprises de 39 pays africains d’exporter vers les Etats-Unis sans payer de taxe et la mise en place du MCC (Millenium Challenge Corporation), un fond de développement bilatéral annoncé par l’administration Bush en 2002 et mis en place en 2004.

Jean-Bosco MANGA, Juriste-Journaliste-Ecrivain

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