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En plein désert, des milliers de Tchadiens attendent, résignés, l'eau potable
En plein désert, des milliers de Tchadiens attendent, résignés, l'eau potable

La couleur de cette eau demeure toujours ocre et son goût salé du natron caractérise sa particularité. AA/ Ambassatna (Tchad)/ Abdoulaye Adoum

« On vit aux dépens de Dieu qui nous protège. Cette eau est peut être sale, et d’un goût assez différent de la vôtre, mais pour nous elle ne constitue ni un danger, ni une menace. C’est notre eau que Dieu nous a donnée» L'air résigné de Zenaba Zakaria, cultivatrice de son état et mère de 6 enfants, est partagé par la plupart des habitants de la localité d'Amabassatna, qui font usage d'une eau insalubre, parfois depuis de longues décennies. « Mon père qui a aujourd’hui 90 ans a vécu toute sa vie dans ce village. Il ne faisait usage que de cette eau depuis toujours», précise pour sa part, Ahmet Absakine, résidant à la capitale, en passage furtif dans le village pour appuyer financièrement ses parents dans cette période de sécheresse. Malgré les démarches entreprises pour pallier à cette crise, aucune solution n’est encore envisageable pour les autorités de la localité d'Ambassatna (400 kilomètres à l'ouest de Ndjamena) où la question de l'eau a toujours été un serpent de mer, même si de sérieux problèmes de santé n'ont pas été signalés. Avec une population estimée à 40.000 habitants, à califourchon entre Ndjamena-Bilala et Ati, région du Batha Ouest, Ambassatna est régie par deux autorités qui font office de représentants légaux de la zone: le secrétaire général du département de Fitri et le khalifa du sultan du Dar el Fitri, dignitaire historique dans cette région du Tchad. Pour le premier, chef de tutelle de la localité, , « les raisons sont peut-être d’ordre géologique, car des tentatives d’approvisionnement en eau potable par le truchement des forages des puits allant jusqu’à 70 mètres de profondeur n’ont pas abouti à des résultats qualitatifs» « La couleur de cette eau demeure toujours ainsi (ocre). Et son goût salé du natron caractérise sa particularité. Ce qui fait que nous envoyons des fois de l’argent vers la capitale pour acheter de l’eau minérale en bouteille, ou on envoie des bidons vers Ati pour se procurer »poursuit Asseid Abdelkerim Barka. Ces efforts sont, toutefois, dénigrés par certains qui voient dans le prolongement de cette situation le résultat d'une "négligence" de la part des autorités. « La société chargée du bitumage de la route a entrepris un forage pour l'usage de ses fonctionnaires, et la qualité de l’eau était nettement meilleure. Il est donc certainement question de volonté politique et de moyens » se rappelle Ahmet Absakine «Cette eau peut être améliorée» L’avis du représentant de l’Etat est également nuancé par Ali Moumine, Khalife d'Ambassatna près du sultanat de Dar el-Fitri depuis 16 ans. Pour lui, « il y a des zones plus hostiles qu'Ambassatna, comme les zones montagneuses du Nord du Tchad, mais avec une sérieuse volonté, les gens ont mis les moyens nécessaires pour soulager la population» affirme-t-il. La localité dispose principalement de trois châteaux d’eau dont un seul, produisant cette eau ocre, est considéré comme fonctionnel. Ce qui rend les pénuries d'eau assez fréquentes, lesquelles pénuries ne sont pas toujours sans conséquences. « L’année dernière, compte tenu du manque d’eau dans la localité, la population buvait d'une autre source d'eau, celle de la marre, juste derrière le marché, et cela a enclenché une épidémie sévère de choléra » se souvient le khalife « Malheureusement, le sultan ne dispose pas des moyens colossaux pour subvenir aux besoins de ses ressortissants » « A partir du mois d’avril prochain jusqu’en juillet, on n'aura même pas d’eau à proximité de la localité. L’on est obligé de parcourir 5 à 6 kilomètres pour puiser l’eau des marres pour nos usages domestiques » se languit Zenaba Zakaria, qui a déjà mis à côté ses jerricans, en préaparation de longues marches quotidiennes, pour nourrir ses six enfants.

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