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Le retour au jardin d’Éden

Préface

En 1987, la littérature tchadienne d’écriture française est qualifiée de «littérature encore balbutiante» par les critiques littéraires, Alain Rouch et Gérard Clavreuil dans Littératures Nationales d’écriture française, publiée chez Bordas. Et en 2003, l’Enseignant-chercheur Ahmad Taboye, de la Faculté des Langues, Lettres, Arts et Communication de l’Université de N’Djaména la considère comme «une littérature jeune, en plein essor» dans son Panorama critique de la littérature tchadienne. Ces derniers temps, la littérature tchadienne s’impose non seulement dans l’espace francophone mais également au-delà malgré les dissensions politiques et la guerre civile qui n’ont pas permis l’éclosion de certains talents littéraires.

De nos jours, les écrits des tchadiens fusent de partout et montrent un réel engouement et la volonté de fixer par l’écriture les réalités tchadiennes et du monde.

Aujourd’hui, l’espoir renaît avec la prise de conscience de nombreux jeunes écrivains et même de certains aînés qui ne manquent pas de talents non plus. Jean-Bosco MANGA appartient à la promotion de la «génération consciente» qui s’est imposée sur la scène nationale et internationale après la guerre civile de 1979 dans plusieurs domaines artistiques. Jeune, il est vrai, mais Jean-Bosco MANGA est la trempe de Rodrigue dans Le Cid de Corneille : «aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années».

Le jeune écrivain n’est pas à sa première production avec Le retour au jardin d’Éden. Déjà en 2010, il a publié un roman : Le réquisitoire des parias aux Éditions SAO, N’Djaména/Tchad et un ouvrage didactique tant recherché par les travailleurs, employeurs et étudiants : Le droit du travail au Tchad, Éditions SAO, N’Djaména/Tchad, 2012. Jean-Bosco MANGA connaît bien l’environnement tchadien pour avoir sillonné dans les détails les zones urbaines et rurales dans le cadre de ses multiples activités : juriste, journaliste-collaborateur à FM Liberté 105.3 et à l’Office de Radiodiffusion et de Télévision du Tchad (ONRTV) ainsi que ses actions en faveur des droits de l’Homme au Tchad à la recherche de l’information à la source pour éclairer l’opinion. C’est dans ce contexte que le jeune écrivain a préféré le théâtre pour sensibiliser, informer, toucher le grand public tchadien qui n’a pas accès à l’écriture, faire de mise en garde, toucher le spectateur, plus particulièrement la population de la zone pétrolière dans le village imaginaire de Tamsirna. L’exploitation du pétrole a suscité beaucoup d’espoir au sein de la population vivant sur le site pétrolier tout comme tous ceux qui sont attirés par cette manne (bailleur de fonds, manœuvre, visiteur, prostituée, marabout, domestique, etc.). Mais ils vont très vite désenchanter.

L’euphorie à l’ouverture du chantier ne fera pas long feu parce que les manœuvres sans qualification seront remerciés après quelques deux ans et demi de durs travaux. La suite des travaux techniques exigent une certaine qualification. Ces ex-travailleurs vont commencer le supplice de Tantale. D’autres comme Kocoumbo d’Aké Loba, au lieu de reprendre les activités agricoles ou l’élevage qu’ils avaient pratiqués avant le pétrole vont continuer à vivre dans l’illusion la plus totale sans un lendemain meilleur. D’autres encore rêvent prendre le chemin de l’exil sans écouter les sages conseils de Wangsong qui considère que le développement de Tamsirna passe d’abord par l’agriculture et l’élevage et pas forcément par le pétrole aux conséquences désastreuses pour l’environnement. La pièce est bâtie sur les réalités que vivent les ex-travailleurs dans les sites pétroliers. Beaucoup d’entre eux ont perdu les anciennes habitudes et il leur est difficile de revenir à leur situation avant le pétrole. Cette manne est devenue pour eux une malédiction plutôt qu’une bénédiction. C’est la triste réalité de nombre de pays surtout africains où le pétrole est exploité. Cette pièce, bien qu’écrite, mérite d’être non seulement vue mais aussi de réfléchir pour une prise de conscience en vue de transformer notre environnement non pas par le pétrole qui détruit la nature mais plutôt par l’agriculture et l’élevage.

Le retour au jardin d’Éden n’est pas un livre de plus. Qu’il ne vienne pas occuper un coin de notre bibliothèque. Mais c’est une pièce qui vient à son heure pour opérer une transformation pour un changement durable dans la société surtout parmi les ex-travailleurs dans les sites pétroliers et dans le monde. Il mérite d’être lu et d’être vu.

Dr NGAODANDÉ Reoutag Ilro Université de N’Djaména Faculté des Langues, Lettres, Arts et Communication Département de Lettres Modernes

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