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Il était une fois le 2 février 2008
 Il y'a tout juste sept ans, le 2 février 200. Une coalition hétéroclite de rebelles fit son entrée triomphale à N’Djaména. Le Général Idriss Déby Itno, après un dernier baroud d’honneur à Massaguet, à la sortie nord de la capitale tchadienne bat en retraite. En compagnie du dernier carré de fidèles qu’il lui restait, IDI se ‘’bunkerise’’ au Palais Rose, le siège de la Présidence tchadienne. Les chars de sa soldatesque, quadrille le Palais. Vaincre ou périr. C’était le credo d’alors. Tout le monde ou presque était convaincu. C’est fini pour Idriss. Des scènes de liesses sont même observés dans les quartiers, ‘’libérés’’ par les assaillants. Une nouvelle ère venait de s’ouvrir pour une majorité de tchadiens, lassé par le long règne clanique, sadique des Itnos. Mal leur en a pris. Le rapport de forces change très vite au bout de quelques heures de combats, dans la capitale. Divisé, les rebelles qui avaient pourtant le pouvoir entre leur main, décident de se replier dans la matinée du 3 février. Paris a changé de camp, préférant recomposer avec le diable qu’il connaissait : Idriss Déby Itno. L’aéroport international Hassan Djamouss, aux mains des militaires français de l’opération Epervier (passé depuis aout 2014 sous le commandant de l’opération Barkhane), est désormais contrôlé par les forces loyalistes. IDI ordonne l’entrée en action de son aviation militaire. Les avions de chasse décollent et pilonnent sans retenue les positions rebelles. Ces derniers avaient le choix, entre être anéantie par la puissance de feu de l’ennemi ou accepter de ‘’boire la honte’’ et prendre la poudre d’escampette. C’est la dernière hypothèse qui a été privilégiée, et s’en est suivi une folle course-poursuite, jusqu’á la frontière tchado-soudanaise. ‘’ Ils sont en train de fuir comme des chiens et nous les poursuivons’’ déclarait sur les ondes de RFI, Radio France Internationale, le très volubile politologue tchadien, le Dr Kassiré Delwa Koumakoye, à l’époque Premier-ministre, pour la deuxième fois consécutive. Un record jamais pour l’heure égalé. Passé la digression. Les rebelles mis hors d’état de nuire, place maintenant au règlement de comptes. L’occasion faisant le laron.

 Une horde d’éléments de la garde prétorienne de Deby se déverse aux domiciles des principaux leaders de l’opposition. Lol Mahamat Choua, Ngarledji Yorongar, Ibni Oumar Mahamat Saleh sont donc amenés manu-militari vers une destination inconnue. Saleh Kebzabo, le président de l’Undr, l’Union nationale pour le développement et le renouveau lui, l’a échappé bel. 

Absent du pays, son domicile a également reçu la visite des éléments de la Garde présidentielle. L’un des frères de l’opposant, qui a eu le malheur d’être là, reçoit une balle en pleine jambe. 

Les forces restés fidèles à Deby reprennent donc progressivement le contrôle de la capitale, et l’on n’est toujours sans nouvelles des opposants enlevés. 

Les pressions internationales ont eu raison du régime qui relâche quelques jours plus tard, Lol Mahamat Choua et Ngarledji Yorongar. Ibni Oumar Mahamat Saleh, lui n’est jamais réapparu. Vraisemblablement assassiné. Par qui ? On le saura peut-être un jour. Ce que l’on sait, c’est qu’Ibni représentait une sérieuse menace pour Deby sur le plan électorale. Issu de la même région, l'Est du Tchad la disparition du secrétaire général du PLD, le Parti pour les libertés et le Développement est un ouf de soulagement pour Idriss Déby Itno. Et c’est ce qui fut fait.

 Sept ans après, que reste t-il reste t-il de l'opposition politico-militaire dont la plus part de ses leaders ont ralliés armes et baggages le régime de N'Djamena au nom d'une prétendue politique de réconciliation nationale ?

 Sept ans après, pourquoi l'élan de l'opposition tchadienne pour exiger la lumière sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh s'est-il effondré tel un château de carte? 

Est-ce parce que la justice tchadienne, instrumentalisé par le pouvoir a prononcé en 2013 un non-lieu dans l’affaire de la disparition de l’opposant ? 

Sept ans après, Idriss Deby Itno demeure le maitre incontesté du Tchad. Il compte d’ailleurs étendre son influence au delà de ses frontières. La preuve, il est devenu le ‘’Khadafi’’ de l’Afrique, et est prêt à déployer ses soldats sur n’importe quel théâtre d’opération. Mali, RCA, et tout récemment Nigéria pour y mater la nébuleuse terroriste Boko Haram.

 Sept ans, après, Idriss Déby Itno est plus que jamais devenu le pion incontournable de la France, et de la communauté internationale tout court dans la sous-région. 

Sept ans après, Idriss Déby Itno a cessé d’être le potentat tant décrié pour ses méthodes autocratiques, claniques, despotiques de gestion du pouvoir. 

Sept ans après, le sultan d’Amdjarass a le blanc seing de Paris pour faire ce qu’il veut. Il pourra par exemple être réélu haut les mains à la prochaine présidentielle de 2016, Avec ou sans récensement biométrique. 

L’opposition, du moins ce qui en reste, et les démocrates de tous poils n’auront que leurs yeux pour pleurer. 

Eric Topona 

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