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MISSIVE D’OUTRE-TOMBE
 A

Monsieur François NGARTA TOMBALBAYE à ‘‘OUMAN’’

Partis politiques au Tchad : le nombrilisme ne fait pas la démocratie

Cher oncle, si la pléthore des partis politiques au Tchad était forcement synonyme de vitalité et dynamisme démocratiques, le Tchad serait l’un des pays les plus démocratiques en Afrique et partant, le monde. Depuis l’avènement de la démocratie imposé au Tchad suite à la conférence de la Baule, on dénombre plus de 150 partis politiques enregistrés au ministère de l’intérieur. Cet encombrement de l’espace politique n’est pas une mauvaise chose en soi. Seulement oncle, je m’interroge sur les motivations réelles des promoteurs, des présidents de ces formations politiques quand on sait qu’il n’y a pas 10 idéologies différentes encore moins autant de projet de société.

Dans ces circonstances oncle, je suis porté à croire comme vous dans votre « OUMAN » natal que la floraison des partis politiques est essentiellement liée à des considérations d’ordre purement alimentaire. Cette floraison des partis politiques crée souvent des embouteillages devant le portail de la présidence obligeant la police routière à faire une déviation laissant ainsi nos hommes politiques à aller penser leurs panses.

A Dieu l’idéologie, à Dieu le programme politique et projet de société. Plusieurs partis politiques au Tchad n’existent que de nom et leurs militants ne rempliraient pas une salle de classe. Au-delà donc de l’anecdote oncle, cette caricature du paysage politique peint bien une triste réalité. Contrairement à votre époque (Toura Ngaba, Djibrine Kerellah, Ahmed Koullamalah, etc.) ou vous faites la vraie politique ; cette nouvelle génération (des hommes politiques que j’ai honte de citer les noms ici) a gâté le jeu politique tchadien enlevant ainsi certains jeunes tchadiens, le gout de la politique.

Assurément, la politique a perdu toute sa noblesse, toute sa beauté, et tend de plus en plus à devenir un fonds de commerce si ce n’est déjà le cas. Fait incroyable mais vrais cher oncle. Un chef de parti politique qui n’est pas élu député mais chaque fin du mois, envoie son trésorier auprès de son militant élu député pour la cotisation mensuelle. Cet argent perçu par le trésorier sert à soulever le coude dans les bars de Moursal et Chagoua pour être « saoul comme un tchadien ». Cher oncle, certains ‘‘hommes politiques’’ se sont fondus dans le parti au pouvoir avec leurs partis.

C’est le cas de Emmanuel Nadingar. D’autres, ont purement et simplement abandonnés leurs partis d’origines. C’est le cas de Kalzeubé Debeut. Certains partis moribonds qu’on avait oubliés jusqu’au sigle, refont surface, comme par enchantement, à la veille de chaque consultation électorale. Avec la demande de la reconstitution ou reconfiguration du CNDP, beaucoup des partis se sont constitués à la va vite des groupes pour designer les représentants au CNDP. N’est ce pas là des partis politiques alimentaires ? La politique est ainsi conçue et prise comme une entreprise commerciale, le propre des républiques bananières. Conséquence oncle, on voit naître à la pelle des formations politiques avec des chefs de partis politiques qui ressemblent aux bergers de Hadjer Lamis ou aux cultivateurs du Mandoul et de la Tandjilé nageant dans une veste de circonstance comme Meka dans Le vieux nègre et médaille de Ferdinand Oyono.

Quand même ! Un peu de la pudeur pour la politique. Chacun préfèrent être une tête de rat au lieu d’être queue de lion, même s’il se trouve incapable de mobiliser dans sa propre famille et village. Yuweri Museveni a raison oncle. C’est cette pagaille qu’il a voulu éviter en décrétant une démocratie sans partis. Trop de partis tuent également la démocratie. On en vient donc à croire que beaucoup créent des partis pour mieux se prostituer et en tirer des prébendes et subsides. Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, l’émiettement de la faune politique au Tchad profite à un camp et on est fondé à se demander s’il n’est pas suscité ?

La réponse est sans ambages oui.

Le raccourci de la promotion et l’ascension sociale oblige. Dans un tel contexte ou la morale politique est dévoyée au Tchad, il importe donc d’imposer certains critères avant toute délivrance de récépissé. Une enquête de moralité préalable et digne pour déceler les brebis galeuses et les délinquants de droit commun ou les voleurs des livres dans les bibliothèques, apporterait plus de vertu dans cette mare nauséabonde aux caïmans.

C’est cette question de salubrité à la fois publique et politique. Si aujourd’hui, on remarque une désaffection pour la chose politique, c’est sans doute parce que les acteurs ne donnent pas tous les gages de sérieux et d’une haute vision de l’intérêt public. Le peuple est sacrifié au nom de la politique et des calculs politiciens.

Certain hommes politiques sans référence aucune sont devenus des dealers, des homo œconomicus. Nous pouvons cher oncle les appeler des opposants de circonstances et alimentaires.

Ton neveu Daniel NGADJADOUM

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