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Le terrorisme aux portes du Tchad: la prophetie d'Innocent Ebodé

Les récents attentats du centre commercial de Naïrobi, la capitale kenyane, ont démontré les possibilités d’action, destinées à frapper les esprits, dont les terroristes en terre d’Afrique, sont capables. Cette opération effroyable, pleine d’audace, et revendiquée par les « Shebabs » somaliens qui ne cachent pas leur allégeance à Al-Qaïda, sont la parfaite démonstration que les terroristes peuvent frapper partout et n’importe où, y compris en Afrique centrale. Y compris au Tchad ! Il n’est point question ici de verser gratuitement dans l’alarmisme, ou d’attiser inutilement des peurs. Le modeste dessein de ces lignes est d’attirer l’attention de ceux qui ont en charge la sécurité du pays, sur l’impératif d’anticipation de potentielles agressions terroristes. Pourquoi le Tchad serait-il dans l’œil du cyclone jihadiste ? L’analyse des causes qui ont conduit les disciples de Ben Laden à exporter leurs macabres opérations sur le continent, révèle une constante : les pays africains visés par le terrorisme islamiste, sont ceux qui abritent les intérêts stratégiques occidentaux [Etats-Unis, Grande-Bretagne, France], ou qui se sont clairement engagés aux côtés de ces mêmes Occidentaux dans la croisade contre les poseurs de bombes. Un aperçu historique des attentats terroristes d’obédience islamiste en Afrique au cours de la dernière décennie, donne à penser que les tentacules de la pieuvre terroriste peuvent atteindre l’Afrique centrale, et singulièrement le pays de Toumaï. 7 Août 1998, Naïrobi [Kenya] et Dar-Es-Salam [Tanzanie]. Des voitures piégées explosent devant les ambassades américaines. Bilan : 255 morts et des milliers de blessés. Le Kenya et la Tanzanie, bien qu’ils n’aient pas été ouvertement engagés aux côtés de la l’Amérique, présentaient des cibles idéales puisque les deux pays, eu égard à leur situation géographique, rentraient dans la stratégie des Etats-Unis. Ceux-ci envisageaient d’installer sur la partie orientale de l’Afrique, des bases avancées dans la perspective de combattre des unités terroristes qui prenaient de l’ampleur en Asie, notamment au Yémen. 11 Juillet 2010, Kampala [Ouganda]. Des bombes explosent dans deux bars de la capitale. Le bilan est lourd : 70 morts et des dizaines de blessés. La piste des Shebabs somaliens est privilégiée. Ceux-ci avaient menacé l’Ouganda de représailles, en raison de la contribution du pays à la force de paix de l'Union africaine en Somalie [Amisom]. Cette force avait pour mission de protéger le très fragile gouvernement somalien, et de combattre les terroristes d’Al-Shebab qui semaient le chaos à Mogadiscio. Ils avaient par ailleurs tenté plusieurs fois d’assassiner le Président en place. Ces cas indiquent à suffisance que la mobilisation des troupes tchadiennes dans la libération du Mali, et le rôle majeur qu’elles ont joué, en éliminant Abou Zeid, l’un des cerveaux d’A-Qaïda au Maghreb Islamique [Aqmi], pourraient faire du Tchad une cible potentielle pour les terroristes. En l’occurrence, les attentats qui ont secoué les villes nigériennes d’Agadez et d’Arlit en mai dernier, ne devraient à l’évidence pas laisser les autorités tchadiennes indifférentes. Ces attentats étaient la conséquence directe de la participation du Niger à la coalition internationale qui a mis les Jihadistes du Nord-Mali hors d’état de nuire. Dans le communiqué publié par Mokhtar Belmokhtar [qu’on a cru un temps tué par les forces tchadiennes] au mois de mai de cette année, et qui revendiquait le coup d’Agadez et d’Arlit, le Tchad apparait en filigrane sur la ligne de mire des terroristes : « Nous allons déplacer la guerre au Niger si ce pays ne retire pas ses troupes de mercenaires engagées au Mali […] Nous prévenons tous les pays qui ont l’intention de participer à cette croisade, même au nom du maintien de la paix, que nous allons leur faire goûter la saveur de la mort. Les colonnes de jihadistes et de candidats au martyre se tiennent prêtes et n’attendent qu’un ordre pour foncer sur leurs cibles.» Quand on sait qu’Aqmi met très souvent ses menaces à exécution, il y a lieu de le prendre très au sérieux. D’autant que Belmokhtar et ses acolytes totalisent une sombre expérience d’au moins 15 ans dans la planification et l’exécution des opérations terroristes. L’attaque doublée de la prise d’otages dans le complexe gazier d’In Amenas dans le sud-est algérien en Janvier, atteste que les « Signataires par le sang », groupe dissident d’Aqmi que dirige Belmokhtar, sont redoutables d’efficacité. De plus, le fait que les terroristes aient été balayés dans le Nord-Mali, ne signifie pas forcément qu’ils ont perdu leur capacité de nuisance. D’ailleurs pour Belmokhtar qui a des raisons d’en vouloir particulièrement aux Tchadiens qui sont responsables de sa déroute, « la victoire de la France n’est que médiatique ». Son silence ne signifie qu’il est vaincu. Il faut au contraire interpréter ce silence comme une tactique qui consisterait à se faire oublier, pour agir au moment où on l’attend le moins. Les forces de l’Union africaine avaient mis en déroute Al-Shebab en Somalie. Cela ne les a pas empêchés d’attaquer en plein jour Naïrobi, tuant au passage des dizaines de personnes. De plus, les réseaux dormants qui pullulent en Lybie voisine et qui prospèrent du fait de l’instabilité qui y prévaut, constitue une base arrière dont les terroristes peuvent user pour agir. Plusieurs sources annoncent d’ailleurs la présence de Belmokhtar en Lybie d’où il aurait planifié les attentats d’Agadez et d’Arlit. Les forces de sécurité tchadiennes ont donc du pain sur la planche. Reconnues pour leur expérience et leur efficacité dans les guerres conventionnelles avec des ennemis identifiés, elles le sont moins dans les guerres de type asymétrique avec des ennemis fantômes. Il apparait donc urgent de constituer des unités au sein de l’armée tchadienne spécialisées dans la lutte contre le terrorisme. Les stratèges tchadiens doivent commencer par se plonger dans la lecture de « L’Art de la Guerre » de Sun Tzu [6e siècle avant Jésus Christ], l’ouvrage de référence qui a théorisé le concept de guerre asymétrique. Histoire de parer à toute éventualité. « L'homme prudent voit le mal de loin », enseigne la sainte Bible.

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