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AFRIQUE CENTRALE : LA GUERRE DES TELES
Par Innocent Ebodé
Les télévisions à vocation panafricaine poussent comme des champignons. Chaque pays de la sous-région, conscient du caractère influent du tube cathodique sur les opinions, entend disposer de sa chaine. L’histoire commence avec Africa 24 qu’on peut considérer comme la doyenne des chaines africaines d’information en continu. Son promoteur est le Camerounais Constant Nemale. Celui-ci est propriétaire à hauteur de 80% de la Holding Afrimédia International, dont le siège social est basé au Luxembourg. Le reste du capital [20 %] est détenu par la République de Guinée Equatoriale. Constant Nemale ambitionnait au moment du lancement de son projet, de véhiculer une image moins stéréotypée et expurgée de clichés sur l’Afrique : « C’est la passion pour l’Afrique. Je suis Africain et c’est la dimension de faire quelque chose pour l’Afrique qui m’a amené à créer un outil qui valorise le continent. L’objectif est de faire en sorte qu’on puisse voir une autre facette de l’Afrique partout. » Si sur le papier, la majorité du capital est détenue par Constant Nemale, il reste que dans les faits, c’est la Guinée Equatoriale qui tire les ficelles en raison de ses ambitions de leadership désormais clairement affichées. Lors du lancement de la chaine en mai 2009, le ministre équato-guinéen de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Jeronimo Osa Osa Ecoro, avait fait une déclaration sans ambiguïté : « Notre Président de la République a profité des revenus pétroliers pour financer le démarrage de cette chaine qui se veut panafricaine. » En 2010, Africa 24 a consolidé sa position de « première chaine mondiale d’information sur l’Afrique, et la chaine par satellite la plus regardée en Afrique Francophone ». Depuis lors, la chaine panafricaine basée à Saint-Cloud [France] a fait des émules. Des initiatives privées ont vu le jour, notamment au Cameroun avec Vox Africa et Afrique média qui se sont positionnées sur le marché panafricain des chaines d’information. Dans le cas d’Afrique Média, il faut noter qu’une fois de plus, ce sont les capitaux équato-guinéens qui soutiennent cette chaine dont le promoteur est un Camerounais… Mais ce sont des projets télévisuels portés par les Etats qui font florès et qui mettent en évidence l’usage de la télévision comme outil de promotion par excellence des réussites sociales et économiques d’un pays. C’est le cas du projet de télévision et de radio panafricaines que le très expérimenté Mactar Sylla vient de lancer en partenariat avec le gouvernement gabonais. La vision de Mactar Sylla, à travers son projet télévisuel, consiste à mettre en exergue une Afrique positive qui gagne et qui regorge d’intelligences créatrices qui doivent être valorisées, connues et reconnues : « Notre responsabilité est de contribuer à donner la véritable image de l’Afrique, de ses populations, de ses élites, de ses talents et de ses leaders qui influencent véritablement les tendances en Afrique et dans le monde. Notre objectif est aussi de constituer une plateforme de rencontre, d’intégration des professionnels et des amateurs, qui mettent en valeur une richesse méconnue du grand public tout en offrant des opportunités au public, au monde des affaires pour le progrès d’un continent qui compte sur l’échiquier mondial.» Le fait que la télévision et la radio, portées par Mactar Sylla émettent en direct de Libreville (Gabon), montre en filigrane que l’Etat gabonais agit en back office. Ces deux supports médiatiques vont certainement contribuer à la stratégie du Président Ali Bongo Ondimba qui veut faire du Gabon un pays émergent dans les toutes prochaines années. Un autre projet et non des moindres, est en train de prendre corps au Congo Brazzaville. Il s’agit d’Africanews qui sera la version africaine d’Euronews. En janvier 2014, Michael Peters, Président du Directoire d'Euronews, et Jean Obambi, Directeur Général de Télé Congo, ont signé à Brazzaville, un « accord de coopération » pour le lancement d'une télévision panafricaine d'information en continu, Africanews. Que cette nouvelle chaine d’information voie le jour sous le parrainage du Président Denis Sassou Nguesso, et qu’elle émette depuis Brazzaville, est tout sauf anecdotique. La capitale congolaise entend être dans les prochaines années, une plaque tournante du continent à partir de laquelle moult actions dans les domaines des affaires, de la culture et du sport, prendront naissance. Ce n’est donc pas un hasard, si la chaine envisage d’émettre en français, en anglais, en arabe et en swahili. Ces différents projets médiatiques charrient certes des arrière-pensées nombrilistes, mais ils pourraient être utiles dans la bataille de l’information qui a cours actuellement dans le monde. Les Africains souhaitent de plus en plus être informés sur l’Afrique et le monde par des professionnels africains. Il est temps que les problématiques africaines ne soient plus appréhendées sous des paradigmes exclusivement empreints de catastrophisme. Le continent est en pleine évolution et en pleine croissance économique. Les médias audiovisuels ont un rôle essentiel à jouer. Le Cameroun quant à lui, est assez discret sur la bataille télévisuelle qui a cours en Afrique centrale. Une attitude curieuse compte tenu du statut de leadership, qui doit revenir de droit à ce pays qui est à maints égards, doté d’un potentiel pluriel. Le déficit d’image du Cameroun nécessite un déploiement endogène qui irait au-delà des simples médias d’Etat tournés vers l’opinion intérieure. Le Cameroun devrait s’engager dans la bataille de l’audiovisuel panafricain. Le Haut-parleur du Ministère de la Communication devrait mettre en œuvre un projet structuré et pertinent qui porterait la voix du Cameroun en Afrique et dans le monde. Notre pays a besoin de quelque chose de plus « bandant » que la fameuse télévision numérique dont on est en train de s’apercevoir qu’elle est véritable serpent de mer. Un drôle de serpent qui n’a ni queue, ni tête.

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