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Lequel des caïmans pour le marigot tchadien ?


Par Boukar Fickaoussou, Journal Le Citoyen à N'Djaména

En ces temps durs, un pauvre père de famille écoutait sa fille qui fredonnait la chanson de feu maître Gazonga qui disait «Idris Déby darajna, antena dallala, Tchad yaga jana batan anina ma natabou » («nous avons intronisé Idriss Déby, le Tchad sera le paradis et nous ne souffrirons plus ») et lui montre un des numéros du journal Le Temps où la photo de l’homme fort de Bamina figurait en page de couverture. Le temps pour lui de réagir, la benjamine, plus espiègle, rabroue sa grande sœur en ces termes : « tu es une écervelée ! Tu ne vois pas comment papa peine pour nous trouver notre chocolat et tu chantes quelqu’un qui fait souffrir les gens». Regard d’enfant, vision d’ange ! Par la bouche de ces petites filles, il est assez surprenant qu’on apprenne que tout ce beau monde ne peut être éligible au poste de président de la République. Mais concrètement, que peut-on leur reprocher? Avec quelques remarques glanées par-ci et par-là auprès des lecteurs, des témoins avertis de la scène politique nationale, nous tenterons de dégager le profil de ces hommes, éventuels candidats à la magistrature suprême de l’Etat en 2016. Idriss Deby Itno (IDI). Son arrivée au pouvoir, quoi qu’on dise, tient d’une ramification assez longue d’une histoire mondiale heurtée et est une coïncidence fortuite due à une conjugaison de mouvements des révolutions enclenchées dans les pays du carré de l’URSS. Ce fut d’abord l’accession de Mikhaïl Gorbatchev aux affaires en mars 1985 qui marque l’entrée dans le temps de la glasnost ou transparence et de la perestroïka ou «restructuration» en russe. Cette arrivée renforce cette orientation. Ensuite, un évènement majeur dont le retentissement planétaire galvanise les espoirs des peuples qui verront bientôt finie la période de la guerre froide et la disparition des blocs est et ouest. La chute du mur de Berlin ou le mur de la honte dont la démolition commence le 9 novembre 1989. La chute et la disparition de la plus implacable dictature des temps modernes de Nicolae Ceausescu et les propos de François Mitterrand au Sommet francophone de La Baule ont balisé la route de N’Djaména à l’homme de Bamina. Quoiqu’on dise, il a été quand même transporté à grands frais par cet élan international suscité par le mécontentement du cousin français et par la bouderie du poulain circonstanciel tchadien, commis à entraver l’avancée de la légion islamique du guide libyen et qui refuse d’obtempérer à l’injonction faite à tous de démocratiser leur régime. Ainsi à l’actuel locataire du Palais rose est confiée la mission d’instaurer une démocratie plurielle dans la règle de l’art. Ce qu’il a tenté de faire en permettant la création d’une multitude de partis et en faisant semblant de libérer un espace de libertés d’opinion, d’expression, de réunion. C’est la face visible de l’iceberg. Cela fait un quart de siècle que le remplacement numérique à été effectué à la tête de l’Etat. Ainsi, à l’avantage d’IDI, une longévité au pouvoir qui lui a permis, par le truchement du MPS, de s’implanter dans tout le Tchad. Une bonne représentativité. Ensuite, le second avantage et non des moindres, est que l’homme dispose d’une équipe très rodée dans les tripatouillages électoraux. Il sait où commander des experts en fraude. Dernière arme à son avantage, il a beaucoup d’argent. Une fortune de guerre inestimable, accumulée licitement ou illicitement pour acheter la conscience de tous les affamés qui l’insultent à longueur de journée, en ce moment parce qu’un sac vide ne peut pas se tenir débout et qu’il n’y a que la faim qui fait hurler. Mais comme toute médaille a son revers notre homme traîne également des casseroles. Contre lui est la vieillesse de son parti qui est victime d’une longévité au pouvoir. Une usure qui fait que du point de vue politique, il n’a plus rien de nouveau ou d’authentique à proposer au Tchadien mais qui, rien qu’à l’évocation du nom de IDI, c’est l’image de toutes les gabegies, de détournements, de prévarications, de concussions et de corruption. Ce qui est reconnu par lui-même dans ses nombreux discours. A ce niveau déjà, le malaise est tellement grand que le camp a enregistré des défections majeures : une des éminences grises, Joseph Djimrangar Dadnadji est parti fonder son propre parti ; toute la région du Wadi Fira, sous la férule des enfants Djamous, Ibni Oumar et Haggar ; dernièrement les jeunes du Barh el gazal et du Borkou ont quitté la barque. Une perte énorme et un coup dur au parti de l’oriflamme. Au niveau de l’administration, c’est un émiettement du territoire national qui ne favorise plus l’unité des fils du pays, pour juste assouvir des ambitions de préservations des acquis du clan au pouvoir. Ainsi, au niveau social, tous les indicateurs sont au rouge avec comme point d’orgue les grèves dans tous les secteurs. Le salaire et les pensions se faisant rare, le panier de la ménagère s’amenuisant, aucune perspective d’offre d’emplois pour les jeunes et le débauchage massif des employés du secteur pétrolier, forment une mixture d’une bombe à effets pervers qu’il faut savoir désamorcer à temps. Au niveau économique, le quotidien révèle de plus en plus de scandales financiers dus aux agissements de ses proches et de ses protégés ou hommes sous dévotion comme le cas de son ambassadeur récusé de son poste de l’Afrique du Sud sur demande expresse des USA. Au plan sécuritaire, la secte Boko hram a encore des beaux jours à passer avec nous en ce moment que la vigilance sécuritaire semble avoir baissé d’un cran. Au point éducatif, c’est sans commentaire, la catastrophe. Et puis, comble de tout, des sorties médiatiques décapants, incendiaires qui découragent tous les soutiens extérieurs du futur candidat du MPS.

Saleh Kebzabo (SKA).

Ce vieux briscard de la vie active tchadienne est un homme qui semble taillé dans le roc. S’il a déjà commencé avec le Mouvement de la jeunesse tchadienne (MJT) selon feu Tomon Batinda, c’est que l’enfant des bords de lac Léré a accumulé pour son compte un capital d’expériences assez important sur la connaissance du Tchad et des Tchadiens. Il a beaucoup d’amis Sara, une grande composante ethnique du pays. Après des fortunes diverses au pays d’abord, ensuite à l’extérieur, aussi bien à l’hexagone et en Afrique, il est rentré au pays pour succéder au Dr Ramadan Oueddo à la tête de l’UNDR. Sur le départ pour les présidentielles, SK aura à son avantage, d’abord que son parti est bien implanté sur l’étendue du territoire national. Le second atout est que l’homme profite en ce moment d’une embellie que lui procure sont statut de chef de fil de l’opposition politique. Un autre fait à verser à son actif, est qu’après une période d’égarement qui l’a jeté dans les bras du MPS pour la gestion d’une sulfureuse Démocratie consensuelle participative (DCP), il en a tiré des leçons qui l’ont ragaillardi et immunisé contre les piques et autres fléchettes. Puis, fait remarquable à verser toujours à son compte, c’est la popularité notoire dont il jouit en ce moment auprès des jeunes et des vieux qui aspirent au changement, comme en témoignent tous les ralliements enregistrés ces derniers jours : le Bahr el gazal, le Wadi Fira et la semaine dernière le Borkou. Un électorat potentiel très important qui porte un coup de massue sur la tête du baminisme. Il peut aisément profiter de la déconfiture qui se perçoit au sein du MPS depuis l’arrivée de Nadingar. En sus de ces atouts, il faut remarquer que c’est un très bon musulman pratiquant capable de faire les yeux doux à certains cercles anti Sara. Cependant, ce que Saleh Kebzabo traîne comme écueils risque de la marquer durablement. En sa défaveur est cette gestion de la DCP à laquelle il a participé et que certains Tchadiens qui considèrent les faits comme de la forfaiture ne sont pas prêts à oublier. Un second mal qu’on lui fait porter est cette étiquette tribale : ceux que nous avons approchés nous disent vertement que SK ferait mieux que Déby et que autour de lui, il ne remarquera que les enfants de Leré, de Lagon, de Zaguéré, de Torock, de Goïgoudoum, Goïn comme déjà on peut le constater dans les cercles de base à l’animation des activités d’un parti politique. Le cas de Max, ce fils de l’ancien chef de canton de Béré est un cas particulier. Un autre fait qui semble confirmer la remarque portée par les Tchadien, c’est que l’homme semble souffrir de certains complexes qui l’empêchent d’élargir son aura. On le trouve hautain, arrogant, un homme qui se sait nettement supérieur en connaissances au point où il n’est pas obligé de rendre la civilité à son alter ego. C’est l’impression laissée par son absence au lancement du parti politique Cap-Sur de Dadnadji alors qu’il était invité es qualité de chef des partis politiques de l’opposition radicale.

Joseph Djimrangar Dadnadji (JDD).

Même si son passage à la tête de la sous-préfecture de Kélo a laissé le souvenir d’un bon administrateur, l’homme a commencé véritablement à se faire connaître des Tchadiens à partir de 1985 quand il est nommé comme directeur des Affaires administratives, financières et matérielles du ministère de l’Education nationale. C’est déjà un premier baptême intéressant pour lui que de se mettre en contact direct avec une frange de la population tchadienne assez insaisissable dans leur gestion. C’est à partir de ce poste qu’il s’est taillé sa réputation d’homme intègre. Si on s’attaque souvent à son physique de catcheur nourri au pois de terre mais de son visage qui ne décoche pas de sourire, ce n’est pas un homme austère pour autant. Moins encore affable. Probablement, sur la liste des présidentiables, ce grand joueur balafoniste aura pour lui, d’abord la jeunesse de son parti Cap-Sur dont le programme politique suscite les intérêts des uns et des autres, surtout des concitoyens nordistes qui ont bruyamment manifesté leur communion avec lui. Un certain Wardougou Djimi Cheté a réussi à organiser avec brio le lancement de Cap-Sur. A cette ferveur s’ajoute le contexte social tendu de la création, surtout qu’un homme du MPS n’a jamais daigné quitter le parti, malgré les moult humiliations qu’il a subies. Sur un autre pan, il est considéré, en dépit de son passage dans les instances profondes du MPS, comme un homme encore propre, compétent et courageux. Son départ du gouvernement a cristallisé une opinion anti Déby qui se fait entendre explicitement ces derniers temps. Depuis le CPN, aux militants chargés de dénigrer l’homme et de le combattre dans sa région natale, beaucoup se font des remords. Son discours innovant avec «la gestion patrimoniale» tranche nettement avec le sentier battu des autres politologues et politiciens qui se morfondent par le tribalisme, le clanisme, l’ethnicise… Une approche que beaucoup peineront à conceptualiser. Cependant, l’homme n’a pas que des avantages. Son passé d’homme du sérail le poursuivra longtemps encore quand bien même qu’il a quitté le navire. Mais ce qui entravant pour lui, c’est le problème de l’implantation même de son parti sur le territoire national même si déjà des appels téléphoniques fusent de partout pour manifester l’existence des cercles et réseaux de Cap-Sur. A ce niveau, sa nièce Ngarmbatinan Karmel Sous IV du MPS l’attend de pied ferme sous les manguiers de Bédjondo. Ce ne sont pas les élucubrations de Nadingar et Franco en ce moment même au Mandoul occidental qui l’empêcheront de ronfler paisiblement. Quant aux Ngarledji Yorongar, Gali, Gata Ngothé, Dr Kascou, etc., nous y reviendrons un peu plus tard.

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