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Par Mays Mouissi · 7 août 2016

Alors qu’approche l’élection présidentielle au Gabon, le fichier électoral est contesté par l’opposition, mis en cause par la société civile et jugé fiable par le gouvernement. Pour arrêter une position définitive sur la conformité du fichier électoral nous l’avons audité en réalisant un benchmark entre le nombre d’électeurs inscrits dans chaque localité du pays et la population officielle desdites localités*. Les résultats de cet audit sont pour le moins surprenants : 59 localités comptent plus d’électeurs inscrits sur la liste électorale que d’habitants, 18 ont des ratios d’inscriptions compris entre 80 et 100%, 34% des localités ont un nombre d’électeurs inscrits atypiques par rapport à leur population officielle. Assurément, le fichier électoral présenté comme biométrique n’a pas empêché ce qui ressemble à un gonflement artificiel de la liste électorale et ouvre ainsi la voie à un report de l’élection présidentielle gabonaise a minima ou à une contestation du processus électoral a maxima. 59 localités où la population électorale est supérieure à la population officielle Selon les résultats du Recensement général de la population et du logement 2013 (RGPL 2013) rendus publics par le gouvernement gabonais cette année, la Commune de Ndzomoé située dans le département du Komo-Océan (Estuaire) comptait seulement 43 habitants. Et pourtant dans cette ville pas moins de 946 personnes sont inscrites sur la liste électorale. Ainsi le nombre d’électeurs inscrits dans la commune de Ndzomoé est-il 22 fois supérieur à la population officielle et recensée dans cette localité. Le poids électoral de cette localité s’est accru de 2200%. Dans ce même département, 53 habitants peuplent le canton Remboué-Gongoué lequel comptent pourtant 786 inscrits sur la liste électorale (un corps électoral 15 fois supérieur à la population recensée). Plus au Sud dans la province de la Nyanga, le canton Mouwambi dans le département de la Basse-Banio compte 8 habitants selon le RGPL 2013 mais les commissions de révision du Ministère de l’intérieur ont réussi à y trouver 114 personnes à inscrire sur la liste électorale laquelle contient 14 fois plus d’électeurs que d’habitants. Comme dans un système organisé, on retrouve dans toutes les provinces du Gabon des localités où le nombre de personnes inscrites sur la liste électorale est supérieur au nombre d’habitants recensés par la Direction générale de la statistique (DGS) au cours du RGPL 2013. A Ndougou dans l’Ogooué-Maritime, le canton Rembo-Bongou a officiellement 42 habitants mais 394 électeurs sont inscrits. Le canton Dibadi près de Mouila (Ngounié) a 178 habitants mais 1 106 électeurs inscrits. A Djouya dans le département des Plateaux (Haut-Ogooué) on passe d’une population résidente de 335 habitants à une population électorale 748 électeurs. L’Ogooué Lolo n’est pas en reste, le canton Moualo-Onoye dans la Lolo-Bouenguidi compte habituellement 528 habitants mais quand il faut voter la population adulte se démultiplie et atteint 1 095 personnes. Comme ses consœurs du Sud, la province du Woleu Ntem n’a pas échappé à cette alchimie électorale. Le Canton Mbei près de Medouneu sait aussi multiplier sa population dès lors qu’il y a un scrutin en jeu. Le canton est habité par 556 personnes mais le 27 aout prochain pendant le scrutin présidentiel, 1 028 personnes seront autorisées à voter. Frontalière du Woleu-Ntem, la province de l’Ogooué-Ivindo a aussi été mise à contribution. Les 469 habitants du canton Béleme dans le département de la Mvoung sont supplantés par les 709 électeurs inscrits sur la liste électorale de ce canton. Il en est de même pour Samkita près de Ndjolé dans le Moyen-Ogooué : 379 habitants, 540 électeurs. Comment ne pas évoquer le cas du 2e arrondissement de la Commune d’Owendo ? Cette circonscription urbaine située dans la banlieue sud de Libreville est peuplée de 5 894 habitants. Cependant sa liste électorale compte 4 897 inscrits de plus que la population officielle de la localité soit 10 791 électeurs. A l’instar des localités précitées, de nombreuses autres disposent d’un corps électoral supérieur à leur population officielle et recensée. Ces 59 localités représentent ensemble une population électorale de 66 073 personnes alors qu’elles ne sont habitées en réalité que par 39 291 habitants. De fait, 59 localités dont le poids démographique n’est que de 2.17% pèsent artificiellement 11% de la population électorale du Gabon et sont en capacité de faire remporter n’importe quelle élection au candidat qui dispose de la maitrise du fichier électoral. Il convient de rappeler les dispositions des articles 33 du Code électoral gabonais et 52 de la loi 7/96 portant dispositions communes à toutes les élections lesquelles précisent que l’inscription sur les listes électorales est réservée aux citoyens gabonais ayant atteint leur majorité et résidant depuis douze mois au moins dans la circonscription ou y possédant des intérêts économiques notoirement connus ou des liens familiaux régulièrement entretenus. Compte-tenu l’ampleur et de la généralisation du phénomène observé, l’argument de la possession d’intérêts économiques ou de liens familiaux régulièrement entretenus pour justifier de tels écarts entre la population et les électeurs inscrits ne résisterait pas au constat de gonflement artificiel de la liste électorale.

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