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TCHAD : ANALYSE CRITIQUE DE LA COMMUNICATION DU CHEF DE L'ÉTAT

Par Joe Al. KONGARENA

Email: joe.alerte@gmail.com

Quand l'État se ramollit au regard de ses fonctions régaliennes, personne ne se renforce véritablement. Nous avons suivi avec attention l’élément sonore de la rencontre entre le Chef de l'État et les responsables des partis de la mouvance présidentielle du 26 décembre 2016, grâce aux résidus patriotiques d'un sous-fifre présent à l'entrevue. Aussi, nous avons écouté et lu le discours du PR du 31 décembre 2016. Que des occasions ratées ! Des sujets importants ont été éludés quand même quelques idées courageuses ont été avancées et des vérités dites.

Pour faire une histoire courte concernant les ratés, après avoir présenté la situation générale du Tchad et évoqué le ralentissement économique des pays de la CEMAC, le Président aurait dû prendre tout simplement la responsabilité des problèmes intérieurs de gouvernance, convier les Tchadiens à un dialogue franc et les inviter à imaginer un schéma républicain de redressement de la situation du pays.

Une telle démarche aurait donné au Chef de l'État, dans le registre d'aplomb face au péril, une supériorité morale sur les crises dont il ne peut se soustraire de la responsabilité. Hélas, par la faute de l'entêtement ou des conseils malavisés, le déni continue à siéger sur une ligne téméraire misant sur la peur des barbus et faisant la part belle à l'éborgnement.

Parmi les sujets évités, il y a l'impasse politique qui est une source des incertitudes, des tensions et des pressions sociales; il y a le dialogue qui demeure un moyen de raison pour surmonter les crises sans qu'une partie ait besoin de bâillonner l'autre !

Plus loin, peut-on faire le bilan de la gestion qui a mené aux crises ? Peut-on parler des dépenses et du train de vie de l'État ? Avec près de 50 milliards de FCFA de masse salariale annoncée par le PR, a-t-on compté les fonctionnaires tchadiens et les esprits jouisseurs ou uniquement les vrais fonctionnaires ?

Concernant le pétrole, selon les dires du Président lui-même, le Tchad recevait en moyenne 750 milliards de FCFA par an de revenus de l'or noir. Mais en 2016, le Tchad reçoit un chèque de 25 milliards de FCFA, soit une diminution 96.7% ! Pourtant, le prix et la production du pétrole n'ont pas chuté dans une proportion pouvant justifier une baisse de 97% de revenus. Comment expliquer une perte aussi abyssale alors que le dollar, monnaie de vente, a augmenté ?

Nous entendions hier des valets zélés les chants des montages de dossiers pétroliers qui augmenteraient les gains du Tchad et plus rien aujourd'hui. Le Tchad aurait-il été roulé dans la farine et perdrait plus d'argent à cause des dossiers mal maitrisés ou gérés ? Les langues des personnes impliquées peuvent-elles se délier, même anonymement ? De la production de djarmaya, pas un seul centilitre appartient au Tchad. Finalement, quelle bonne affaire le Tchad a pu faire dans le pétrole que nous exploitons ?

Nous posons des questions parce que les Tchadiens veulent corriger les fautes de décision et les imperfections de notre société, c'est-à-dire les fautes de tous; nous posons pour que notre Président n'aille quémander sous d'autres cieux, selon ses propres dires, après avoir reçu plus de 2 milliards de FCFA par jour, rien que du pétrole; nous posons des questions pour ne pas tendre la main pour recevoir des sacs de riz des chinois pendant que d'autres pays reçoivent des technologies, des chemins de fer et autres savoirs. Nous posons des questions qui convoquent des réponses courageuses.

Crevons l'abcès au lieu rire des râles d'agonie du Tchad ! Crevons les poches de pus, les pus de l'aveuglement, de l'éborgnement, de l'égoïsme et de la médiocrité. Nous tenons des mots durs contre les façons de faire, mais nous ne détestons personne parce que nous sommes tous des Tchadiens; parce que la haine n'est pas une solution aux problèmes que nous avons sous les yeux et sur les bras.

Nous sommes capables d'objectivité et de dire que le Chef de l'État a aussi des vérités et avancé des idées courageuses et défendables. Par exemple :

  1. L'imposition aux compagnies étrangères de garder les fonds à la B.E.A.C : l'idée d'interdire les entreprises étrangères de transférer hors Afrique centrale les sommes colossales gagnées dans la sous-région est une idée courageuse et de raison. Garder ces énormes sommes dans les banques locales ou à la B.E.A.C augmenterait significativement les capacités des banques à financer les initiatives locales ou régionales, mais attendons de voir le passage de l'idée à l'acte ;
  2. La nécessité de dépasser les 16 mesures du gouvernement : le Président a reconnu que les 16 mesures du gouvernement n'ont pas tenu leurs promesses et a admis la nécessité de les dépasser. C'est dire vrai. Espérons que c'est dépasser utilement;
  3. L'exigence de penser un Tchad moins dépendant de l'or noir : il y a moins de 15 ans, nous ne recevions pas un seul franc du pétrole. Il n'y a pas de raison que nous mourrions parce que le prix du pétrole a simplement chuté de 50%. C'est là aussi une vérité. Le Tchad peut-être le Tchad avec ou sans le pétrole ;

NOTRE RÉPONSE : nous pensons que les crises en cours au Tchad sont les conséquences d'un fléchissement des valeurs sociales, morales et républicaines ainsi que des erreurs de gestion ou de choix. Seule une révolte des consciences de tous, y compris des autorités, contre les violations répétées des lois et des normes, la médiocrité, l'esprit de jouissance et les causes premières des inaccomplissements saurait amener des solutions pérennes.