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Sahel Sahara: limites de groupements régionaux
Écrit par Ahmedou Ould - Abdallah, President, www.Centre4s.org Samedi, 21 Novembre 2015

L'assaut sanglant 20 Novembre sur l'hôtel de luxe, Blu Radisson à Bamako, au Mali a fait plus de 20 morts et une douzaine de blessés en plus de couteuses destructions matérielles. L'impact psychologique à court terme sera difficile à évaluer. Cet attentat s’est produit au pire moment pour le Mali et toute la région, alors que tous deux s’efforcent avec vigueur à récupérer après une longue période d’instabilité. Cependant, une lancinante question demeure : pourquoi cette nouvelle attaque le jour même où se tient à Ndjamena au Tchad un sommet du Sahel G 5, un groupement régional? Ce n’est certainement pas une coïncidence, mais plutôt un avertissement fort. Politiques à court terme. D'abord les faits. Premièrement, pendant des années, le Sahel s’est lui - même déstabilisé. Une déstabilisation due essentiellement à une gouvernance, fragile tout en étant arrogante, une forte croissance démographique avec ses conséquences: un chômage massif des jeunes, aggravé par une urbanisation forte et rapide. Tous deux ont explosé au cours des dernières décennies. Deuxièmement, le Sahel n'a pas pleinement pris en compte les conséquences structurelles des graves sécheresses successives et de la marginalisation politique, économique et sociale des populations rurales et autres éleveurs: Peuls, Touaregs et Maures, etc. Troisièmement, et surtout, l'injection dans les économies des pays de vastes flux d'argent facile, générés par la corruption, les trafics, en particulier celui de la drogue, a diabolisé la plupart des valeurs traditionnelles, en particulier celles du travail et de l'intégrité morale. Pourtant, au-delà de tous ces facteurs structurels d’instabilité, l’une des principales causes des échecs régionaux en matière de sécurité se trouve ailleurs. Elle se situe au niveau des approches nationalistes, toujours et souvent à court terme, des gouvernements en matière de coopération régionale contre l'extrémisme violent. Les gouvernements du Sahel paient peu ou pas d'intérêt, à une collaboration régionale plus large et efficace, quand bien même elle est la seule capable de mutualiser leurs ressources avec une chance de succès durable. Un certain nombre d'exemples peuvent illustrer ces politiques à court terme. Tout d'abord, il y a quelques années, en 2009, l'Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger ont mis en place le Comité d'Etat -Major Opérationnel Conjoint connu sous son acronyme CEMOC. Il s’est de lui-même verrouillé autour de ses seuls membres. Malgré tous ses engagements, le CEMOC, basé à Tamanrasset, n'a pas été en mesure d'empêcher l'effondrement du gouvernement du Mali en 2012 ou d’arrêter l'avancée vers le sud des rebelles et leur occupation d'une grande partie du nord du pays. Les états membres du CEMOC ne sont pas venus à la rescousse d'un des états fondateurs et toujours membre actif du groupe. C’est un pays extérieur, en l’occurrence la France, qui a sauvé le Mali, l’empêchant de tomber sous le contrôle total des groupes radicaux. Deuxièmement, au cours des deux dernières années, un autre mouvement radical, Boko Haram, a ensanglanté en particulier le pourtour de la région du lac Tchad, y compris le sud-est du Niger. Le nouveau groupe régional, établi pour lutter contre Boko Haram, est d’une composition restrictive. Ici également, la région n'a pas été à même de mettre ensemble toutes ses forces. Par conséquent, des partenaires extérieurs - les Etats-Unis et surtout la France - ont été sollicités pour confronter ce nouveau fléau régional. Enfin, la création du Sahel G 5 en Février 2014, bien que louable, souffre des mêmes faiblesses que les groupements sous régionaux précédents. En n’incluant pas des Etats importants et disposant de capacités efficaces - Algérie, Maroc et Sénégal - le Sahel G 5 a démarré avec un handicap. Ses capacités de sécurité, en termes de collecte et d’analyses du renseignement ainsi que son efficacité diplomatique, ont été inutilement réduits dès sa création. Peu de pays acceptent de se trouver non associés à la gestion de questions qui les concernent. Vacuum diplomatique. L’attaque du vendredi 20 Novembre sur le Blu Radisson ne peut être déconnectée de ces déficits continus en matière coopération élargie entre les Etats du Sahel. En outre, elle ne peut non plus être déconnectée de leurs services de renseignement qui souvent s’ignorent mutuellement. C’est ce vacuum qui a aidé des groupes radicaux à préparer le terrain pour des attaques terroristes répétées à Bamako et ailleurs et en particulier dans le sud -est du Niger. Avant le dernier assaut sur Bamako, il y avait ceux du mois de mai dernier sur le restaurant La Terrasse dans la même ville ainsi que celui du mois d’août également dans un hôtel de la ville de Savaré au centre du pays. L'accord des groupes radicaux, pour l’exécution réussie d'une attaque spectaculaire, est plus important pour eux que sa revendication par un groupe spécifique ou par l’un de leurs leaders. De fait, quelques jours avant l'assaut sur le Blu Radisson, le chef rebelle malien bien connu, Iyad Ag Ghali, avait publié un communiqué dénonçant le dernier Accord de paix inter malien signé cet été à Alger. Par ailleurs, les terroristes anglophones qui sont entrés dans le Blu Radisson pourraient avoir été prêtés par toute organisation sœur comme Boko Haram, ou une autre, sans oublier que parler l'anglais pourrait également être une simple ruse pour brouiller un peu plus l'enquête. Dans l'ensemble, c’est une coopération efficace et sincère, entre les gouvernements, qui fait défaut dans le Sahel. En outre, la recherche, aussi peu discrète que futile par chaque pays d’un Leadership régional, a prévalu sur les intérêts régionaux. Cela est d’autant plus avéré que, même en rassemblant leurs ressources, nos pays ne seraient pas assez efficaces pour vaincre les extrémismes. Que dire alors de la multiplication de petits ensembles régionaux aux ressources indigentes ! Enfin la mise en œuvre de toutes sortes d'obstacles pour exclure des états voisins tels l'Algérie, le Maroc et le Sénégal, d’une participation aux efforts communs de coopération au Sahel, continuera à infliger de graves désastres à l’efficacité des structures de sécurité de la région. Dans ce contexte, les partenaires extérieurs, qui déploient de ressources humaines et matérielles précieuses, devraient être en mesure d'encourager des alliances plus solides et plus complètes dans le Sahel. Certes, ils ne peuvent rester indifférents à la fragilité des structures régionales avec lesquelles ils sont invités à travailler. S’ils ne sont pas responsables devant les populations locales du Sahel, ils savent néanmoins tirer les leçons de la période de la guerre froide et, par conséquence, que le soutien à une gouvernance irresponsable, se traduit souvent à terme par des situations pires.

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